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Caen Urbanisme Commercial : Les Verts demandent un moratoire

Groupes locaux - Les verts de CAEN

Déclaration de Françis Joly, président du groupe Vert

Au mois de décembre, nous vous avions fait part de nos craintes quant à la multiplication des projets de centre commerciaux dans l’agglomération caennaise.

Convaincus qu’il s’agit d’un véritable enjeu pour l’avenir de notre agglomération, nous avions exprimé publiquement notre appel à la mise en œuvre d’un moratoire sur les autorisations d’implantation d’équipements commerciaux dans l’agglomération.

Je m’étais permis de vous envoyer le positionnement du groupe des élus Verts, certains d’entre vous nous ont apporté leur soutien sur le fond. Aujourd’hui, nous sommes entre deux Commissions Départementales d’Aménagement Commercial (CDAC). La séance du mois de janvier a autorisé encore un nouveau projet, l’extension du Leclerc d’Ifs. La prochaine session aura à examiner justement la question d’une nouvelle zone commerciale autour de ce Leclerc à Ifs avec un projet de « village des marques ».

Le village des marques un concept inadapté

Ce projet n’a pas plus grand-chose à avoir avec les magasins d’usines que l’on présente comme leurs parents. Il s’agissait à l’origine de proposer les invendus et les déclassés des productions textiles. Des villes ont ainsi eu dans leurs périphéries cette activité commerciale qui s’est révélé complémentaire à leur commerce. C’est notamment le cas à Cholet (Communauté d’agglomération du Choletais, 80 350 hab. (2006)) qui s’est développé avec le textile et ses magasins d’usine progressivement ouverts à la population. Aujourd’hui, les villages de marques reprennent des concepts de marketing créant une ambiance villageoise sur le modèle de la Main Street des parcs Disney. De plus, ils associent le commerce avec des activités de loisirs, voire des services y compris publics. Un village des marques est donc largement polarisant, l’aire de chalandise est très vaste (ici, plus d'un million de personnes visées) tout en captant des flux plus locaux.

Village_des_marques_IFS_ouestfranceAinsi, les conséquences économiques pour une agglomération comme Caen-La-Mer où il ne préexiste pas d’équivalent, risquent d’êtres très négatives. D’ailleurs ce sera la première agglomération française de cette taille qui comptera un tel équipement de quoi être inquiétant pour les 8000 commerces caennais. L’argument de l’apport touristique ou de la complémentarité avec le centre-ville n’est absolument pas convaincant. Comment croire que l’on continuera à acheter des vêtements rue Saint-Pierre quand ils seront 50% moins cher à Ifs ?

Il est proposé d’ajouter un kiosque d’information afin de présenter l’offre du centre-ville de Caen. Qui peut être rassuré par la capacité d’un kiosque agrégeant des informations pour attirer des badauds ailleurs qu’au village des marques ? Nous ne pouvons pas dans un projet ajouter un simple sparadrap quand il s’agit d’amputer une ville de sa clientèle !

Des conséquences néfastes pour le commerce de proximité

L’apport de chalands dans l’agglomération n’est pas même assuré quand il y a 5 projets de « village des marques » en Normandie : au Havre, à Boulleville (Eure), Honfleur, Mondeville et Ifs. L’emplacement sur une zone classée d’intérêt communautaire doit nous faire réfléchir à ce jeu d’échelle qu’est l’intercommunalité : ainsi, un projet peut apparaître très positif pour une commune et être très négatif pour sa voisine et la ville centre.

Mais les conséquences néfastes sur la ville-centre vont se répercuter sur toute l’agglomération et, finalement, par rétro-action sur la ville accueillante. Dans ce cas précis, les conséquences négatives vont se faire sentir dans toute l’agglomération, à Caen, à Ifs et à Mondeville… Le manque de pertinence économique de ce projet aura donc des effets sur le développement économique qui va prendre une direction de laquelle il sera difficile de s’écarter.

De plus, nous savons que tous les 180.000 mètres carrés de nouveaux projets commerciaux ne pourront se rentabiliser dans l’agglomération. Aujourd’hui les m² supplémentaires de grandes surfaces progressent trois fois plus vite que l’augmentation de leur chiffre d’affaire. Sans parler de deux villages de marques à porter de fusil, cette surenchère laissera des morts. J’ai le sentiment que le débat doit se porter au-delà des arguments économiques. Il ne s’agit plus seulement d’agrandir ou de créer un nouvel espace de vente, il s’agit de réfléchir à quelle agglomération nous voulons voir demain. En effet, ces villages des marques sont des opérations mutantes d’un genre particulier.

Un modèle de société que nous refusons de subir

villages_des_marques2_Ifs_ouestfranceAu-delà de représenter une nouvelle pierre à la muraille commerciale autour de Caen, ce projet est un pas en avant définitif vers une société ultra commerciale et anti-urbaine. Il s'agit de considérer l'espace urbain comme le socle clonable de la seule activité commerciale. Le village des marques tente en effet de recréer un décor d’urbanité utilisant le fantasme de la petite ville tranquille où il fait bon vivre et, surtout où il fait bon de flâner dans les boutiques.

Les villages de marques intégrant commerces et loisirs représentent purement et simplement l’embryon des premières villes privatisées. Il est inventé, par un promoteur, une ville propre sans problème, ni misère, une ville pensée et bâtie sur le modèle des parcs d'attraction. La participation du village de marques à l'équipement public de la commune d’Ifs amène encore plus de confusion et floute la frontière entre l'espace urbain public et la galerie marchande espace privée. L’idée que nous pouvons nous faire d’une ville durable et solidaire au cœur d’une agglomération rayonnante et différente semble clairement menacée par l’ajout de ce projet dans la palette des choix à surmonter pour hisser notre Caen-la-Mer dans la modernité de notre siècle.

L'urgence d'un moratoire commercial sur le territoire de Caen la Mer

Nous redemandons un moratoire commercial sur tout le territoire de l’agglomération de Caen-la-Mer. Il ne s’agit pas, ici, de prendre pour position contre la commune d’Ifs, de Mondeville ou de toute autre commune de l’agglomération, il s’agit de se donner le temps de la réflexion, d’étudier des simulations sur l’évolution du commerce de proximité, des commerces de centre-ville, de réfléchir à quelle agglomération nous voulons voir se développer, d’intégrer dans nos réflexions les conséquences de nos choix en termes de transports, d’habitat, de mode de vie et de qualité de vie.

François Joly, président du groupe Verts.

 

Pour en savoir plus  : AUCAME "la grande distribution dans l'aire urbaine de Caen Oct. 2008"

 


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